Jean-Baptiste Farkas

Jean-Baptiste Farkas
L’Art est inutile,
rentrez chez vous
(1971)
(2019)

Jean Baptiste Farkas

LEARNING AND TEACHING AS PERFORMANCE ART

Le vendredi 1er novembre 2019 : un jour férié.
Arrivant par le train de Paris, je retrouve Didier Mathieu à la gare de Saint-Yrieix-la-Perche.
C’est le premier jour de ce que seront : deux semaines de résidences au CDLA.
Durant celles-ci, je souhaite, comme je l’annonce souvent pour éveiller les réactions, « accumuler les soustractions ». C’est-à-dire puiser dans le fonds du Centre pour y débusquer des soustractions d’artistes, dont les traces figurent dans leurs livres ou dans des catalogues qui leur sont consacrés.

Exemple de « logique soustractive », il provient d’un petit catalogue d’exposition consacré à l’artiste Jacques Lizène, Éditions Yellow Now, 2009, soigneusement rangé sur les étagères du CDLA :
Jouons avec les vidéos mortes de Jacques Lizène
« L’énergumène »
Par Guy Scarpetta, page 23 :
« En 1970, un jeune artiste belge de 23 ans décide, par vasectomie, c’est-à-dire section ou ligature des canaux par où passent les spermatozoïdes, de se faire stériliser : façon, dira-t-il, de ‘’tourner le dos au jeu des générations, résolument’’. Plus tard, il définira cette opération comme une ‘’Sculpture interne’’, évidemment invisible (l’art ne passe plus seulement dans la vie, mais dans l’interruption de sa transmission). »

Une autre soustraction ? Voici, plus ou moins :
Dans le livre Artist’s Magazines, Gwen Allen raconte que Lee Lozano1 a rédigé, en 1969, les instructions suivantes : « Throw the last twelve issues of Artforum up in the air », geste érigé contre la suprématie des revues d’art devenues institutionnelles, comme l’était Artforum en 1969, un passage obligé pour tout artiste voulant réussir. En outre : jeter ce « qui fait élément de pouvoir ».

Mais retour à mon histoire, au CDLA.
Il est 17H, toujours le 1er novembre, et Didier doit quitter les lieux. La nuit n’est pas tout à fait tombée.
Il me confie une clé qui, dit-il « ouvre et ferme tout autant le CDLA que l’appartement de la ville dans lequel je dormirai ». Nous faisons des essais, et toutes les portes semblent très bien fonctionner. Ce même jour, je m’attarde au CDLA, je commence à fouiller dans toutes sortes d’ouvrages : Rutault, Gutai, Filliou, Art Rite (compilation des numéros de la revue), Anti-Musée, Une rétrospective d’expositions fermées. Henry Flynt attire tout particulièrement mon attention. Les heures passent.
Au moment de sortir, il me faut actionner l’alarme : aucun problème.
Dans la nuit noire, je cherche ensuite à tâtons la porte menant vers l’escalier qui me permettra d’accéder à l’appartement de la ville dont tout annonce qu’il sera « un havre de paix » (au vu du silence complet environnant). Je suis bien fatigué.
Mais : impossible de la trouver ! Impossible, dans le noir, presque complet, de me rappeler où elle se situe ! Il est minuit passé. Je tâtonne. Interminablement.

Ne me reste, après de nombreuses tentatives infructueuses, ‒ l’une d’entre-elles m’a fait pénétrer sous un porche noir dont il m’a fallu plusieurs minutes pour retrouver la sortie ‒, qu’une seule et dernière possibilité : revenir au CDLA.
Je désamorce le système d’alarme : aucun problème.

Et me trouve un endroit où dormir.

 

1 ARTIST’S MAGAZINES, An Alternative Space For Art, Gwen Allen, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, London, England, 2011, pp. 13-14 pour le passage consacré à Lozano.